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Vous avez été « trumpés »

03 novembre 2020

À propos du cybersquattage dans le domaine de la politique

Le nom des politiciens est un élément essentiel de leur marque. Un nom de domaine basé sur leur nom est indispensable pour une présence en ligne réussie. Pour les politiciens qui reçoivent peu d'attention des médias, le site web personnel est souvent la première escale numérique pour les électeurs potentiels. Cependant, il arrive parfois qu'un internaute ne se doutant de rien et visitant le site d'un politicien se retrouve sur des sites dont le message est complètement différent. Cela est souvent l'affaire de politiciens rivaux, de lobbyistes et d'activistes politiques qui mettent en ligne des sites avec des noms de domaine trompeurs.

Les noms de domaine : une déclaration politique

En général, le principe du « premier arrivé, premier servi » s'applique à l'enregistrement d'un nom de domaine. Cela signifie que, en principe (il y a quelques exceptions), n'importe qui peut enregistrer n'importe quel nom de domaine disponible. Celui qui enregistre le nom le premier obtient le nom de domaine. Un principe noble, mais également intéressant pour les « cybersquatteurs », des personnes qui enregistrent un nom de domaine dont elles ne feront rien elles-mêmes, mais qui peut être utile à d'autres utilisateurs ou entreprises. Ces personnes mettent ensuite ce nom de domaine en vente et essaient d'en tirer le plus d'argent possible.

Ces dernières années, nous avons constaté que le « cybersquattage » était de plus en plus utilisé comme tactique politique. Cette pratique permet au propriétaire d'un nom de domaine de profiter de la notoriété d'une certaine personne ou d’utiliser le nom de domaine pour ternir l'image d'un opposant. Il existe quelques exemples intéressants à cet égard.

« Trumpé » à nouveau ?

Au fil des ans, la présence de la politique sur internet et les médias sociaux est devenue de plus en plus importante. Toutefois, la toile est non seulement une enseigne fantastique, elle est aussi le point faible des campagnes politiques.

Le président américain Donald Trump se targue des noms de domaine qu’il possède et qui contiennent le slogan ou le nom d’opposants. En 2019, des personnes de son entourage ont acheté le nom de domaine todosconbiden.com. Son rival démocratique Joe Biden, auteur du slogan « Todos Con Biden » (Tous avec Biden), n'a probablement pas trouvé cela très amusant. Quiconque visite le site www.todosconbiden.com pourra lire « Oups, Joe a oublié les Latinos », avec un lien vers un site officiel de Trump.

Le candidat républicain à la présidence, Jeb Bush, avait également été « trumpé » en 2016. Il avait enregistré jeb2016.com, mais avait omis le fait que le nom jebbush.com restait disponible. Trump, le tout nouveau candidat à la présidence, s'en était servi avec empressement pour promouvoir son propre site .  Ce n'était pas le seul problème de Jeb Bush sur internet. En effet, toute personne effectuant une recherche sur Google portant sur « Jeb for President » se retrouvait invariablement sur le site d'un couple qui avait acheté le nom de domaine jebforpresident.com en 2008 pour plaisanter et défendre les droits des LGBT sur le site.

Trump s'était défendu contre des ruses similaires de ses rivaux politiques en enregistrant quelque 3 200 noms de domaine avec toutes les dérivations possibles de son nom (trumpsoda.com, donaldtrumpart.com, 3dtrump.com, etc.) En vain, puisque, pendant sa campagne pour un second mandat, il a pu goûter à sa propre médecine. Le candidat démocrate à la présidence, Tom Steyer, s'en était en effet donné à cœur joie avec le nom de domaine du nouveau slogan de Trump « Keep America Great ». Sur www.keepamericagreat.com , vous pouvez lire sans ambiguïté ce que pense Steyer de Donald Trump.

Trump s'était défendu contre des ruses de ses rivaux politiques en enregistrant quelque 3 200 noms de domaine avec toutes les dérivations possibles de son nom.

Plus près de chez nous

En Autriche, Richard Lugner a dû serrer les dents lors des élections présidentielles de 2016. Lorsqu'il a voulu enregistrer richardlugner.at, il a constaté que ce nom de domaine était déjà utilisé. Malheureusement pour l'homme politique, le site en question s’attache à promouvoir un remède contre l'impuissance.

Nos politiciens belges connaissent également le phénomène du « cybersquattage ». Jusqu'à il y a peu, le site www.jinnihbeels.be, de la tête de liste du sp.a à Anvers qui porte le même nom, redirigeait les internautes vers Groen. Un certain Yu Long de Chine semblait être en possession de ce nom de domaine. Au parti Groen, on tombait des nues.

Ce qui vaut pour les politiciens s'applique également aux organisations et aux personnes qui utilisent leur nom comme une marque : méfiez-vous, sinon vous risquez de vous faire « trumper ».

Avec cet article, nous contribuons à réaliser ces objectifs de développement durable de l’Organisation des Nations Unies.